1- Le cerveau victime de la guerre des ondes: entretien avec George Carlo
Wifi, UMTS, GSM, TNT… Les ondes électromagnétiques ont envahi notre environnement, générant tous azimuts une pollution inédite. « Délétaère » de l’avis de certains chercheurs. Ce phénomène récent, vieux d’une dizaine d’années et illustré par l’invasion des téléphones sans fil, préparerait un scandale sanitaire digne de l’amiante ou du tabac. Des études déjà publiées témoignent d’un risque accru de tumeurs cérébrales chez les utilisateurs intensifs de téléphone mobile. D’autres soulignent des liens avec le développement de maladies neurodégénératives. Car notre cerveau se révèle particulièrement sensible aux micro-ondes pulsées utilisées par ces machines. Au point d’en prendre le contre pied, et de parvenir un jour à mettre au point de nouvelles machines capables de nous guérir à l’aide d’une série d’ondes. Bien pensées cette fois-là... Dossier réalisé par Maxence Layet
est épidémio-logiste, médecin, juriste et expert en santé publique. Il est actuellement
président Science and Policy Public Institute (SPPI), aux États-Unis.
Dans un entretien exclusif, George Carlo, spécialiste mondial des pollutions électromagnétiques, nous montre à quel point le cerveau en premier lieu, mais aussi l’ensemble du corps humain, serait victime d’une véritable guerre des ondes : Troubles du sommeil, trous de mémoire, difficultés d’apprentissage, maladies neurodégénératives, tumeurs cérébrales… etc. Est-on dans la situation de la découverte des méfaits du tabac au début des années 60 ? Explications.
LMI: En quoi les pollutions électromagnétiques de la téléphonie mobile, ou des technologies de l’internet sans fil, posent-elles selon vous un grave problème de santé publique ? George Carlo: Bien que les connaissances scientifiques sur la question des effets des rayonnements électromagnétiques sur la santé aient progressé depuis plus de 20 ans, la vraie percée est assez récente. C’est au cours des deux dernières années que les mécanismes pathogènes expliquant les effets nocifs de ces rayonnements ont été pleinement compris. Quatre types d’effets particuliers ont été mis en évidence. Chaque mécanisme pathologique est lié à une gamme de fréquences différente, bien distincte. Les champs magnétiques basses fréquences tout d’abord (abrégé BF ou EBF, ou ELF en anglais) générées par les installations électriques perturbent au-delà d’un certain niveau de puissance les jonctions communicantes impliquées dans la communication intercellulaire, là où ces canaux intercellulaires permettent par exemple la synchronisation des comportements cellulaires, la transmission des signaux nerveux ou le maintien de la concentration minérale au sein des cellules et des tissus. Seconde catégorie, les radiations ionisantes (celles par exemple des ultraviolets, des rayons x ou de la radioactivité) dont la très haute énergie casse les liaisons moléculaires. Leur seuil d’effet, les doses de radiation nécessaires sont aujourd’hui cliniquement bien identifiées. Les micro-ondes, du type de celles utilisées pour les communications sans fil, fabriquent de la chaleur à partir d’un certain seuil également établi. Mais la percée décisive est la découverte que lorsque ces micro-ondes deviennent porteuses d’informations, modulées ou pulsées comme dans le cas des technologies sans fil, elles endommagent les membranes cellulaires selon un mécanisme qui ne dépend lui d’aucun seuil déclencheur. Le cumul de ces quatre mécanismes induit une sérieuse menace sur la santé publique. Non seulement à cause des effets directs, manifestés à travers un certain nombre de maladies très différentes, mais aussi à cause des effets de synergie à l’image de ceux que nous pensons observer dans le cas de l’autisme.
Depuis 2006, 40 à 50 000 cas de cancers par an seraient directement causés dans le monde par la téléphonie mobile.
LMI: Quelles sont les maladies directement liées à la pollution électromagnétique ? George Carlo: Le problème fondamental de la très large exposition du public aux ondes des communications sans fil, est la grave perturbation occasionnée à l’échelle de la membrane cellulaire et qui impacte des processus physiologiques majeurs. Telles que la perméabilité cellulaire, l’activité des pompes membranaires, des canaux ioniques, etc. De là, selon la personne exposée, toute une palette de symptômes ou de dysfonctionnements peut apparaître. Ces maladies rassembleraient ainsi : troubles du sommeil, trous de mémoire, difficultés d’apprentissage et de l’attention, hyperactivité, vertiges, crises d’angoisse ou d’anxiété inexpliquées, fibromyalgie, éruptions cutanées, problèmes digestifs, hypersensibilité chimique multiple, maladies neurodégénératives, tumeurs cérébrales, leucémies… Face à cette diversité du tableau clinique, le paradigme habituel de la « causalité unique » suivie en santé publique – où un facteur d’exposition produit un effet donné – se trouve battu en brèche. Ceci explique pourquoi la quasi-totalité des agences sanitaires du monde entier passe à côté.
LMI: Au sujet des agences sanitaires gouvernementales, leurs positions ont toujours été jusqu’ici rassurantes, écartant tout danger avéré ou presque… Comment expliquer ces recommandations « a minima » ? George Carlo: À mon sens, les agences sanitaires officielles ont entre 6 et 10 ans de retard sur la prise en compte des dernières données médicales dans les réglementations. Cela représente un sérieux problème en terme de santé publique. Si l’on regarde les données de la littérature scientifique aujourd’hui disponibles et publiées dans des revues à comité de lecture, on peut selon moi estimer que, chaque année depuis 2006, 40 000 à 50 000 nouveaux cas de tumeurs cérébrales et oculaires sont directement imputables aux téléphones mobiles. Nous nous attendons à ce que ce nombre approche les 400 000 cas par an en 2010. Globalement, près de 4 milliards de personnes sont quotidiennement exposées à des technologies sans fil provoquant des effets nocifs sur n’importe quelle membrane cellulaire. Des milliers de personnes à travers le monde présentent actuellement des symptômes flagrants dus à ces expositions. Il est évident que les agences de régulation gouvernementales ne sont pas en mesure d’agir aussi vite qu’il le faudrait pour aider les populations. C’est aussi maintenant précisément pourquoi l’information des populations doit être faite par les médecins soignant des patients souffrant de ces maladies. Il s’agit désormais du seul moyen d’obtenir sur cette question les informations servant la santé publique. Parmi les scientifiques indépendants ou les médecins qui traitent aujourd’hui de plus en plus de patients souffrant d’électrohypersensibilité ou de troubles liés, il ne fait aucun doute que l’exposition aux rayonnements électromagnétiques – particulièrement ceux des technologies sans fil utilisant des micro-ondes, représente un grave problème émergent de santé publique. Toutefois, les scientifiques en relation avec l’industrie voient semble-t-il les choses autrement.
LMI: Cette inertie expliquerait-elle la polémique actuelle ? George Carlo: Un autre facteur déterminant est l’influence de l’industrie des télécoms sur la science elle-même et son poids dans la présentation aux médias des résultats. Des données scientifiques sont couramment réécrites ou supprimées en raison d’intérêts économiques et financiers. Dans le domaine de la recherche sur les rayonnements électromagnétiques, l’influence des entreprises est telle que lorsque les financements des recherches sont d’origine industrielle, les études ont six fois moins de chances de conclure à un effet que lorsque les budgets de ces études viennent de fonds publics. Tout ceci bien sûr au détriment de la santé publique.
LMI: Quelles sont d’après vous les mesures les mieux adaptées pour vaincre la pollution électromagnétique globale ? George Carlo: La solution à long terme consiste à adopter une infrastructure télécoms conjuguant transmissions par fibre optique et émissions sans fil. Cette transition est déjà en cours dans de nombreux pays, sans que cela soit lié à des raisons sanitaires d’ailleurs. Dans cette perspective, avec un réseau de télécommunications composé à 80 % de fibres optiques et à 20 % de signaux de sans-fil, une grande partie des risques sanitaires pourrait être atténuée. À court terme, il n’existe aucune solution miracle bien qu’il soit bien entendu possible de diminuer les risques en associant différents moyens d’intervention. Au niveau primaire, il s’agit d’éliminer les sources d’électropollutions ou les effets biologiques consécutifs de l’exposition ; en second, d’atténuer les symptômes résultant de l’exposition ; la troisième piste vise à réparer les dommages causés aux victimes. Toutefois, il est clair que de ce point de vue, les interventions sur les usagers sont des réponses à court terme. La solution à long terme d’une infrastructure « adaptée » requiert à la fois des moyens importants et du courage politique. ♦
La gamme des rayonnements électromagnétiques se répartit en deux
groupes : les rayonnements ionisants et les non ionisants, en fonction
de la quantité d’énergie transportée. Les rayonnements non ionisants
regroupent les basses fréquences, les radiofréquences (utilisées par la
radio FM, AM, la TV, les CB…) et les hyperfréquences, appelées aussi
micro-ondes, qu’émettent et reçoivent les radars, antennes et
téléphones GSM, UMTS, wifi, WiMax… Viennent ensuite l’infrarouge puis
la lumière visible, ondes dont nos yeux sont les premiers capteurs.
L’une des recherches de la Wireless Safe Initiative, publiée en
2007, suggère un rôle significatif de « l’électrosmog » et des
communications sans fil dans la manifestation de l’autisme, dont le
nombre augmenterait fortement depuis une dizaine d’années. Le lien mis
en évidence sur l’exposition électromagnétique et la concentration en
métaux lourds dans l’organisme des malades suivis : 350 autistes
sévères, certains engagés dans des régimes de détoxification et de
drainage de leur organisme en métaux lourds. Exposés à des micro-ondes
pulsées, les canaux de communication de la cellule se ferment, piégeant
à l’intérieur des métaux lourds comme le mercure. Ces métaux lourds
perturbent les échanges de l’ADN et provoquent une mutation génétique
lors de la division cellulaire, contribuant à l’autisme. Il s’agit d’un
mécanisme indirect, mais cette étude fournit les premières données
médicales validant l’hypothèse. ♦
« Wireless radiation in the etiology and treatment of
Autism (…) », Tamara J. Mariea, George L. Carlo, Journal of the
Australasian College of Nutritional & Environnemental Medicine,
Vol. 26 N°2, août 2007