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Le sens de l'orientation? Une affaire de sexe !
Le Monde de l'intelligence -
n°1 - novembre-décembre 2005
Face au même problème, garçons et filles n’activent généralement pas les mêmes zones de leur cerveau. Une différence qui relève cependant moins de la biologie que des habitudes culturelles. Par Nadia Daki
↑ Sylvia Wirth
est chercheur en psychologie à l’Institut des sciences cognitives de Lyon.
↑ Bruno Poucet
est chercheur au Laboratoire de neurobiologie de la cognition de Marseille.
Aller d’un endroit à un autre, puis revenir à l’endroit initial, rien de plus facile ! Mais cela dépend pour qui. Tout le monde n’a pas forcément le sens de l’orientation. Estimer les distances parcourues et retrouver son chemin après tours et détours, nécessitent des capacités cognitives et psychologiques. Il faut, en effet, se constituer une représentation générale de l’environnement dans notre cerveau en mémorisant les relations spatiales entre différents points.
On a souvent entendu dire que les hommes ont plus de facilités que les femmes à s’orienter dans l’espace. « Cette différence semble plus qualitative que quantitative», précise Sylvia Wirth, de l’Institut des sciences cognitives de Lyon. Sur le plan comportemental, dans l’exécution des tâches de manipulation et de rotation d’objet en 3D, les hommes sont plus performants que les femmes. Ils arrivent également à mieux localiser un endroit dans un environnement donné. En revanche, les femmes quant à elles, détectent mieux des changements discrets au sein d’un groupe d’objets arrangés de façon spatiale. » Les hommes ont donc une meilleure représentation géométrique de leur environnement (pour eux, par exemple, la bibliothèque est située à 30 degrés par rapport au restaurant) alors que les femmes semblent avoir une meilleure représentation associative de l’environnement (pour arriver au restaurant, il faut tourner à gauche de la bibliothèque). Les femmes privilégient donc l’utilisation de repères fixes alors que les hommes utilisent la configuration de l’environnement qui leur permet de se constituer des cartes mentales. Pour Bruno Poucet, du Laboratoire de neurobiologie de la cognition, à Marseille, « les hommes utilisent des stratégies différentes qui les amènent à avoir des performances plus flexibles. Comme l’orientation repose sur cette flexibilité, à la sortie ils sont en moyenne meilleurs ».
La différence d'activation des zones cérébrales entre les sexes reflète des écarts de stratégies comportementales.
On peut visualiser les zones du cerveau sollicitées dans l’orientation
Grâce au développement récent des techniques d’imagerie cérébrale, on peut visualiser les structures cérébrales sollicitées dans des tâches d’orientation spatiale. On sait que l’hippocampe, zone du cerveau située pour moitié dans l’hémisphère droit et pour moitié dans le gauche, permet l’apprentissage et le souvenir du milieu environnant. « Le rôle de l’hippocampe est ici fondamental, ajoute Bruno Poucet, car il permet de faire de l’encodage rapide. Il pourrait aussi avoir une fonction spécialisée dans le traitement de l’espace. » « Mais ce n’est pas la seule structure qui sous-tende cette capacité, poursuit Sylvia Wirth. Le cortex parahippocampique et le cortex pariétal, entres autres, font également partie des structures qui sont le plus activées dans le traitement de l’information spatiale. » Lorsque des sujets, hommes et femmes, passent dans un scanner, il apparaît des différences qualitatives dans l’activation des structures. Pour les tâches de rotation spatiale, par exemple, le cortex parahippocampique est activé chez les hommes mais pas chez les femmes. En revanche, ce cortex sera activé chez les femmes dans les tâches de localisation d’objets. Il existe donc bien une différence tangible dans l’activation des zones cérébrales entre les deux sexes. Pour Sylvia Wirth, « cette différence reflète probablement des différences de stratégies et de performances comportementales. En d’autres termes, les structures cérébrales sont de même taille, mais elles font sensiblement des choses différentes selon le sexe de l’individu. » Quant à l’explication de cette différence, elle reste encore hypothétique. L’éducation jouerait probablement un rôle. Des études ont montré que les mathématiques, par exemple, ne sont pas enseignées de la même manière aux filles et aux garçons. De même, dès leur plus jeune âge, les garçons pratiquent des sports plutôt collectifs où ils apprennent à se déplacer les uns par rapport aux autres, alors que les filles, en règle générale, pratiquent des sports individuels. De plus, une théorie évolutionniste tente d’apporter un semblant d’explication. Cette hypothèse repose sur la répartition du travail entre l’homme et la femme aux temps préhistoriques. Les hommes chassaient et voyageaient en terrain inconnu alors que les femmes s’occupaient des petits et restaient dans leur habitat. Ainsi, les hommes auraient développé des capacités pour retrouver leur chemin sans utiliser de repères. Les femmes, qui restaient plus proches du campement, auraient eu plus d’intérêts à utiliser des repères visuels pour s’orienter. Même si cela semble très probable, rien pour l’instant ne prouve que ce soit bien les hommes qui chassaient et les femmes qui gardaient le campement. Il y a également d’autres aspects à prendre en compte. « Il y a, en outre, des différences culturelles qui conduisent à des différences attentionnelles, remarque Bruno Poucet. Par exemple, le passager d’une voiture est incapable de suivre le trajet effectué contrairement au conducteur, d’où un déficit d’orientation. »
Recherches sur l’hyppocampe
Psychologue de formation,
Sylvia Wirth mène actuellement des recherches à l’Institut des sciences
cognitives de Lyon où elle tente de comprendre comment les neurones de
l’hippocampe permettent la formation d’une représentation spatiale.
Pour cela, des indices électrophysiologiques sont recueillis dans le
cerveau de l’animal ou de l’homme, permettant ainsi d’étudier les
modifications de décharges électriques des neurones pendant que le
sujet explore un environnement donné. Ses travaux anté...
Il y a aussi des différences culturelles
Ces différences entre hommes et femmes peuvent aussi être expliquées d’un point de vue hormonal. L’hippocampe étant baigné par certaines hormones, ses capacités fluctuent au cours du cycle féminin. Pour Sylvia Wirth, « les cerveaux des hommes et des femmes ont probablement évolué ou été entraîné à fonctionner de façon différente. Pour corroborer cette idée d’entraînement, une étude a montré, chez le jeune singe, qu’il existe des différences entre mâles et femelles dans la réalisation de certaines tâches spatiales. Mais, avec l’apprentissage, les performances des femelles égalent celles des mâles. Ce ne sont donc pas les capacités qui sont différentes, mais plutôt l’approche stratégique de départ ». Et pour Bruno Poucet, « le sens de l’orientation est à la fois inné et acquis. Certaines femmes ont de bien meilleures performances que les hommes parce qu’elles ont appris à utiliser l’espace d’une façon différente. » ♦