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Barbara
Abdelilah-Bauer est une linguiste trilingue anglais-français-allemand.
Elle a fondé et anime l’association Bilinguisme- Animation, Formation,
Information (BAFI).
Au travers de son livre « Le défi des enfants bilingues »,
étayé de nombreux résultats d’études scientifiques, Barbara
Abdelilah-Bauer combat les idées reçues sur un effet néfaste du
bilinguisme. Elle y aborde les défis auxquels sont confrontés les
enfants bilingues et leurs parents.
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LME: Pourquoi avoir écrit ce livre ?
Le bilinguisme sera de
plus en plus d’actualité dans tous les pays. Lors du dernier
recensement, on a constaté qu’un quart des Français avait entendu parlé
ou utilisé dans son enfance une autre langue. Aujourd’hui, un enfant
sur quatre est issu d’un couple mixte. C’est énorme.
LME: Comment se transmet le bilinguisme au sein d’une fratrie ?
Si
l’on prend le cas d’une famille étrangère en France, dès que l’aîné est
scolarisé, le français rentre à la maison et l’enfant va développer de
plus en plus cette langue.
Le grand frère ou la grande sœur aura tendance à parler le langage de
l’extérieur, la langue du jeu, aux plus petits. De fait, les enfants
sont plus influencés par les autres enfants que par leurs parents qui
vont probablement, eux aussi, acquérir plus d’aisance avec le français
et peut-être abandonner la langue minoritaire.
LME: Doit-on forcer les enfants réticents à utiliser les deux langues ?
Ce n’est pas facile d’imposer à un petit de parler deux langues car lui
n’a pas de visée à longue échéance. Pour l’enfant, le langage sert à la
communication et peu lui importe la forme du message. Selon moi, le
choix de la langue doit être accessoire : le principal est que la
parole doit circuler. Forcer l’enfant peut conduire à des cas extrêmes
de blocage. |
LME: Y a-t-il tout de même des trucs pour stimuler le bilinguisme ?
Il faut continuer de parler sa langue, même si au niveau de
la production chez l’enfant cela ne semble pas performant. Pour ceux
qui le peuvent financièrement, le voyage permet à l’enfant de
comprendre que la langue minoritaire est utile dans un autre contexte
culturel. Une alternative au voyage, le visionnage de DVD ou
d’émissions pour enfants en langue d’origine. Par ailleurs, le soutien
du partenaire est essentiel. Gabrielle Varro, sociologue au CNRS, a
montré que dans les couples mixtes franco-américains, si seule la mère
pratiquait l’anglais et que son conjoint était indifférent ou hostile à
cette langue, le bilinguisme était compromis.
LME: Comment se comporte l’école face au bilinguisme ?
À travers le site que j’ai créé en 2000 (N.D.L.R.www.enfantsbilingues.com), je reçois beaucoup de messages de parents
alarmés par la pression de certains enseignants. Ceux-ci leur
déconseillent en effet d’employer leur propre langue avec leurs enfants
et ainsi souhaitent faire table rase de la langue maternelle. C’est une
erreur : le meilleur chemin vers l’acquisition du français est le
détour par la langue maternelle.
Référence : Le défi des enfants bilingues, La découverte, octobre 2006
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